RAMED : les points sur les « i »
Le projet de régime d’assurance maladie pour les populations démunies vient d’être lancé officiellement après un essai pilote dans la région d’Azilal. Sans vouloir être accusé de mauvaise foi, je me permets d’éclaircir certains points, à la lumière de ma petite expérience en tant que médecin, et à la lecture des textes de loi sur les sites officiels (santé.gov.ma, assurancemaladie.ma …)
Accès aux établissements publiques :
Le citoyen marocain ne s’est jamais vu refuser l’accès et les prestations au niveau des établissements de soins étatiques … le certificat d’indigence était de mise, et la gratuité était « théoriquement » garantie. Ce n’est donc pas une avancée nouvelle, d’autant plus que le problème n’a jamais était l’accès en lui-même mais plutôt l’infrastructure des hôpitaux, le matériel, les ressources humaines en nombre et en qualité et enfin et surtout la moralisation du secteur.
Remboursement des médicaments :
En passant au peigne fin les textes de loi, ceux-ci ne comportent aucunement cette notion, à part les médicaments fournis « dans les structures de soins », chose qui était déjà accessible avec le certificat d’indigence. Donc le citoyen démuni sera toujours tenu de débourser de ses maigres revenus pour s’acheter ses médicaments, même dans les cas d’affections de longue durée (exemple simple de ma spécialité, la cardiologie : une ordonnance de cardiopathie ischémique coute en moyenne : 1200 à 1500dh par mois, et c’est un traitement à vie). Donc contrairement à la CNOPS et la CNSS, le RAMED ne remboursera pas les médicaments.
Accès aux structures privées :
Les citoyens avec RAMED ne sont pas éligibles à ce droit, contrairement à tous les autres régimes d’assurance maladie. Et tenant compte de l’état précaire de nos hôpitaux, le recours au secteur privé est bien des fois une nécessité plutôt qu’un luxe. Exemple pratique : pour une chirurgie de valve cardiaque, le citoyen indigent avait toujours accès au service publique, mais il devra acheter 60.000 dh de matériel (au moins), des gants stériles à la valve mécanique, car l’hôpital n’en dispose pas. Aucune équité n’est donc en vue, tant que les hôpitaux manquent de tout.
Corruption :
Je l'avais dit, parmi les maux qui ruinent le système d'offre de soins au Maroc : la corruption. Le seul maillon qui sera court-circuité par le RAMED est "Lemkaddem" qui délivrait les certificats d'indigence selon ses sauts d'humeur, et selon l'horaire de la demande par rapport au café matinal. en espérant que les commissions chargées de l'étude de l'éligibilité des populations, seront elles, "clean" (et je crois qu'elle le seront); tout le travail restera à faire auprès des citoyens d’abord, car tout de même coupables en partie dans la perpétuation de ce vice social (avec circonstances atténuantes certes), mais aussi et surtout auprès du corps médical, paramédical et administratif ... l'approche dissuasive me paraissant légitime, elle devra inéluctablement être épaulée par des processus plus efficaces mais plus complexes aussi : Education, information, amélioration des conditions sociales de tous les maillons de la chaine.
Information de la population :
Comme pour tous les autres chantiers qui touchent de prés le citoyen marocain, l'information et l'éducation manquent cruellement. Les médias préfèrent parler d'autre chose ... faisons un sondage simple : qui de vous, chers lecteurs, était au courant que le RAMED a été appliqué comme projet pilote dans la région d'Azilal ? En tout cas, si la campagne médiatique est prévue, elle est bien en retard. L'effort d'informer la population et d'autant plus crucial que le RAMED amène une vision de l'offre de soins qui, bien que logique, risque de causer d'énormes désagréments aux marocains : le circuit de soins doit impérativement répondre à la hiérarchisation sanitaire et à la découpe géographique. Je m'explique : Mr Allal qui pouvait, avec son certificat d'indigence délivré à tlat Ziyaida, se faire soigner directement au CHU de Rabat, devra dés à présent, avec sa carte RAMED se rendre au centre de santé rural, qui lui décidera son transfert vers un hôpital local (Benslimane dans ce cas), qui lui jugera nécessaire ou non le transfert vers le CHU de Casablanca et non pas Rabat. Tout cela parait logique, seulement, il faudra que les gens soient au courant ; car un trajet inutile aller retour Ziyaida - Rabat ampute à la bourse de ssi Allal bien plus qu'on pourrait imaginer … selon la loi de la relativité de ssi Enstein.
Le Match :
| avant RAMED | Après RAMED | CNOPS / CNSS | |
| Accès et prestations dans les structures de soins publiques | OUI | OUI | OUI |
| Remboursement des médicaments achetés en pharmacie | NON | NON | OUI |
| Accès aux structures privées | NON | NON | OUI |
| Validité du justificatif | Certificat indigence = 3 mois | Carte RAMED = 3 ans | à vie tant que le sujet cotise |
| Participation assuré | 0 dh | 40 à 120 dh | 5% salaire CNOPS - 2% CNSS |
| Respect du circuit de soin (sous peine de se voir refuser la prise en charge hormis les urgences) | NON | OUI | NON |
Pour résumer :
Chaque citoyen a le droit d’avoir - quelle que soit sa situation – le droit d’assurer sa subsistance et celle de sa famille dans les conditions de vulnérabilité : une assurance maladie couvrant TOUTES les prestations. Un accès à TOUTES les structures de soins, publiques et privées, à fortiori quand les premières sont incapables de lui fournir une offre de soins complète, adaptée, rapide et décente.