Cotons le Boycott !
Je suis contre le Boycott des élections du 25 Novembre. Ma prise de position peut être erronée, cela est tout à fait plausible, car nul ne peut se vanter de chausser les bottes de la vérité absolue … mais j’aime par contre que le débat soit toujours ouvert, et que la remise en question prenne place à la crispation passionnelle !
20 Février j’y étais, 25 Novembre j’y serai !
Il est clair pour moi que pour les jeunes qui ont participé au mouvement de rue, esquivé les matraques des forces du désordre, et vécu les péripéties attristantes du « carnaval » de la nouvelle constitution ; il serait difficile d’imaginer un brin de notoriété pour ces élections, ou un semblant d’honnêteté aux partis qui y participent. L’équation s’avère donc simple : tout processus orchestré par l’état serait donc dénudé de toute « légitimité populaire ».
J’adhère à tout ce qui a été avancé, sauf que … la légitimité populaire, rappelons-le, le 20 février ne l’a jamais eut, la notoriété encore moins. En nombre, ca na jamais été les vagues humaines de la place Tahrir, ni les hordes de l’avenue Habib Bourguiba … en qualité, les figures emblématiques du mouvement (mises en avant médiatiquement pas pour rien) n’en étaient pas à une corne de séduire le marocain monsieur tout le monde.
Le scrutin de la nouvelle constitution a été pour moi une belle mascarade, l’état ne m’aspire guère confiance, et les partis sont – dans leur presque totalité – soit corrompus et malsains, soit pas assez fort pour imposer un quelconque changement … mais je voterai quand même, pour des raisons pas très compliquées à expliquer :
- Je suis convaincu qu’il subsiste une minorité digne de confiance. Des gaffes, elle en fait (comme tout le monde), mais il reste clair pour moi que se tromper d’attitude ou de mot est une chose, et être trempé dans la malhonnêteté jusqu’aux os en est une autre.
- Si l’état conspire, élire une poignée de gens corrects à sa tête est comme tenir le taureau par les cornes, au lieu de s’adonner à un face à face perdu d’avance. (certains scanderont : le peuple est invincible !! oui, mais vous voyez le peuple dans les rues vous ?!)
- Descendre à la rue restera pour moi un choix à adopter quand bon me semble, la flexibilité doit être la règle.
Et les revendications ??
La dynamique que le mouvement de rue a insufflée à la vie politique est indéniable. Toutefois, force est de reconnaitre que pour les revendications que maintient toujours le mouvement, l’état fait et fera la sourde oreille ; et du moment que les manifs ne font pas le poids en terme d’enjeux engagés, je ne vois aucune issue à celles-ci, du moins sur le court terme.
Himma et Majidi NE seront pas chassés de l’entourage royal ni de la vie politique et économique du moment que nous n’y avons pas la main forcée…
La constitution SERA celle que les Marocains ont approuvée à 99,99%, au terme d’un référendum libre et démocratique…
Des élections transparentes ? C’est ce qu’on est en train d’organiser…
Des partis politiques honnêtes ? C’est leurs oignons pas les nôtres, hadchi li 3ta LAH had sa3a…
C’est ce que l’état semble faire entendre au peuple, maintenant … le mouvement de rue a-t-il les capacités d’inverser la donne, et faire pencher le bras de fer ? Je ne crois pas. Al Adl wal Ihssane et la gauche radicale ne séduit pas la base populaire, et les autres courants sont minoritaires, immergés et ne décident pas des positions du mouvement … nous le savons tous.
Je Boycott donc je suis (du verbe suivre) !
Boycotter la politique est à mon sens en faire partie là ou on ne choisit pas … donc autant choisir où se positionner de son plein gré.
Pour les fans de la théorie de la conspiration, pour qui l’état détient toutes les ficelles en main, serait-il improbable que le clan des boycotteurs et des boycotteuses, a coté de ceux qui ont d’autres chats à fouetter que d’aller voter arrangent finalement les affaires du Makhzen ?
La politique de celui-là ayant toujours été « fartik tassoud » (effriter pour mieux régner). Cela va du façonnage de partis politiques au découpage électoral, en passant justement par le faible taux de participation qui, tout en véhiculant l’image d’un citoyen mécontent et révolté (image contestable car 90% qui ne votent pas le font par nonchalance) concoure au maintien de l’ordre « effrité » en accordant au parti gagnant, sensé gouverner le pays, un minable 8% ou 10% des voix !
J’ose espérer que la machinerie makhzénienne risque bien d’être bousculée le jour ou les marocains décideront de voter en masse pour 2 ou 3 partis, qui – tout en se démarquant par le programme qu’ils proposent – éviteront de se payer la tête du citoyen (déjà peu robuste).