علال
Salle une, lit sept : un brave gars de la quarantaine, grande taille, chétif et visage fatigué y est allongé, son nom : Allal.
C’était le premier malade dont j’ai consulté le dossier médical le premier jour de mon stage. Il avait attiré mon attention car je ne savais pas au début la relation entre la nature de sa maladie et la spécialité du service.
Au cours des visites matinales quotidiennes, il m’impressionnait par sa convivialité…ne manquant jamais de serrer la main du professeur en priant pour lui; mais aussi par son courage…ce qu’il avait dans les poumons pressentait fort bien d’être quelque chose de méchant, mais Allal s’accrochait à l’espoir, était confiant et avait la foi.
Les événements qui se passèrent ce matin là, gravirent dans ma mémoire l’histoire de ce jeune homme, que je décidai de perpétuer par ce récit…
Pas loin de notre ami Allal, un autre patient était hospitalisé, gravement malade à l’instar de la majorité des pensionnaires de cette salle .Il devait effectuer une investigation para clinique…celle-ci lui coûterait 400dh car nécessite l’achat d’un trocart spécial (sorte d’aiguille pour prélèvement).
Cette analyse était décisive dans le constat de la maladie, et son rendez-vous a été difficilement décroché…tous ces éléments ont mis le professeur dans ses états, quand -à notre surprise- le malade nous annonça qu’il ne s’est pas rendu à son rendez-vous!
« Mais pourquoi donc, demanda t-on ?? »
Le malade nous répondit qu’il n’avait pas de quoi payer…
Là me vient à l’esprit la pensée de Omar Ibn Khattab : si la pauvreté avait été un Homme, je l’aurais tuée !
Alors que certains distribueraient des billets de 200 en pourboire, d’autres n’en demanderaient que 2 pour espérer survivre…
Le professeur médita quelques secondes, puis lança à tout le monde :
« On cotisera pour que ce monsieur fasse cet examen, j’ouvre le bal : voici 50Dh…qui d’autre? »
Les 50Dh s’amassèrent rapidement…mais pas assez, il en avait 300, encore 100Dh pour avoir le compte.
Le professeur se tourna du coté des malades…tous indigents, aussi nécessiteux que notre malade voire plus : « y a-t-il quelqu’un de vous qui aimerait se joindre a nous? »
Et là, Allal, dont l’état de santé se dégradait de jour en jour, ne lui laissant point de force pour bouger les membres, détacha son bras du lit et cria « aaaana a oustad aaaana !! » comme s’il craignait d’être dépassé par quelqu'un d’autre!
« Je donne 100Dh! c’est juste que je n’ai pas d’argent sur moi, donnez les à ma place le temps que j’appelle mon cousin pour qu’il me les apporte »
Allal a non seulement contribué a l’espoir de guérir son voisin de chambre…mais a surtout donné une leçon de vie a tout ceux qui étaient présents, leur suggérant que les maux, aussi pénibles qu’ils soient, ne vaincront jamais la force d’esprit et les qualités morales.
Deux jours après, Allal décéda…au terme du court combat avec un cancer tardivement découvert…laissant derrière lui son voisin qui lutte toujours contre sa maladie, des gens émus par son attitude, priant pour qu’Allah ait son âme avec miséricorde.
